Archives Mensuelles: décembre 2013

GLORIA // JOHN CASSAVETES

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1980

 

Juste avant d’être assassiné, Jack Dawn, comptable pour la mafia qui a collaboré avec le FBI confie son fils Phil (John Adames) à sa voisine Gloria (Gena Rowlands), cette femme qui « n’aime pas les enfants » se retrouve avec le petit garçon de ses voisins recherché par la mafia – avec qui elle est en bons termes. Elle décide malgré tout de protéger le petit et de ne pas le rendre à ses ravisseurs, Gloria et Phil se retrouvent alors en cavale dans les rues labyrinthiques de NY, recherchés par des dangereux mafieux.

Dans la frénésie de cette course poursuite, nait une relation troublante entre cette femme d’âge mur et cet enfant devenu orphelin. Une sorte d’adoption forcée qui va lentement se transformer en histoire d’apprivoisement puis d’amour.

 

Gloria est une femme forte, « dure » comme dirait Phil, qui même si elle refuse de le reconnaître, s’est attachée au petit garçon. Son personnage est complexe, attachant et excellemment interprété par Gena Rowlands. Une belle déclaration d’amour de Cassavetes qui a offert a sa femme un rôle taillé sur mesure. Phil lui est en avance sur son âge, incroyablement mature. Sa compréhension du monde n’est pas celle d’un enfant mais il garde malgré tout ce côté enfantin très attachant. Gloria n’a pas de gestes d’affection envers lui alors il la provoque par le langage pour la faire réagir. A mesure que le récit avance, les deux personnages se révèlent et se construisent une famille.

 

 

« You’re not my mother, you’re not my father,

you’re not anyone to me,

You’re not enough for me, ok?

Ok, Gloria? »

 

Cassavetes filme avec sobriété des personnages en état d’urgence, contraints de lutter pour leur survie. A travers ce duo improbable, il observe les comportements sans jamais tomber dans l’analyse des sentiments, il se contente de saisir l’émotion dans sa forme la plus pure/brute et de nous la délivrer.

 

« Ce que fais Cassavetes, c’est dépeindre le monde en flagrant délit d’existence. »

 

Le cinéma de Cassavetes est à mi chemin entre documentaire et fiction, le réalisateur ne fait pas d’exercices de style, la technique filmique est là pour capter l’authenticité de ses personnages, les montrer tels qu’ils sont, montrer leur évolution avec toujours ce souci de coller au réel. Le spectateur se retrouve mêlé aux événements, la caméra ne rate rien, elle suit les corps et s’essouffle en même temps que les deux héros en cavale.

 

 

« Le cinéma à mes yeux est une quête sur ce que les gens ont dans la tête (…) La caméra doit chercher à saisir les métamorphoses minuscules et subtiles du comportement humain qui font de nous ce que nous sommes (…) Et je veux mettre à l’écran ses désirs secrets, pour que nous puissions tous les regarder, y penser, ressentir une émotion ou nous en émerveiller. » John Cassavetes 

 

 

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BLEU // KRZYSZTOF KIESLOWSKI

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1993

Bleu est le premier volet du triptyque écrit par le réalisateur polonais Krzysztof Kieslowski inspiré des trois couleurs du drapeau français et du thème « liberté, égalité, fraternité ». Le film traite du deuil et de la mort psychologique d’une jeune femme après la mort accidentelle de son mari et sa petite fille.

Après un tragique accident de voiture dans lequel son mari, grand compositeur de musique classique et leur petite fille de cinq ans, trouvent la mort, Julie (Juliette Binoche) se retrouve seule et commence alors une nouvelle vie anonyme en se détachant délibérément de tout ce qui l’entoure.

 

« Bleu, c’est la liberté, l’histoire du prix que nous payons pour elle. À quel point sommes-nous vraiment libres ? »

Krzysztof Kieslowski

 

Julie fait l’expérience du détachement total, la douleur l’enferme; elle prend la décision de se soustraire du monde qui l’entoure en ne faisant « rien ». Elle vend tous ses biens et décide de mener une existence sans désir, sans avenir, travail ou attachements. La douleur du deuil et la culpabilité d’être en vie sont tels que Julie se retrouve figée dans un présent dont elle ne veut plus rien.

Elle détruit les partitions du « Concert pour l’Europe », l’oeuvre inachevée de son mari, une manière pour elle de faire taire la musique, d’étouffer la douleur. Malgré tous ses efforts pour oublier entièrement son passé, elle est constamment hantée par cette musique qui revient sans cesse (à l’hôpital, dans la rue etc…) la plupart du temps accompagnée de la couleur bleue.

La musique inachevée de son mari Patrice devient alors le chant de sa propre douleur qu’elle refuse et ignore d’abord, puis qu’elle décidera enfin d’achever. Par cet acte de création, elle se libère et décide de ne plus subir son quotidien.

 

Kieslowski est un habile metteur en scène avec un sens du détail incroyable. Le film est très esthétique, la photographie soignée avec ce bleu qui revient sans cesse hanter l’héroïne. Le réalisateur choisit de ponctuer le film de quatre fondus au noir qui ici ne marquent pas la fin de séquences mais une pause dans la narration, comme un long soupir qui intervient à l’image lorsque l’émotion est trop forte et que Julie se retrouve submergée. Elle est alors incapable de parler et se retrouve pendant un temps, seule avec la musique.

Le spectateur devient le témoin impuissant de cette souffrance quasiment palpable contre laquelle on ne peut rien. Personne ne peut rien faire, pas même les autres personnages, la Bonne qui pleure à qui Julie demande « Pourquoi vous pleurez? » et qui lui répond « Parce que vous ne pleurez pas », pas même Olivier qui veut l’aimer…

 

« Je crois que le sentiment humain est en définitive le plus fort, et que le bien est plus fort que le mal. Il ne s’agit ni de pessimisme ni d’optimisme, mes personnages à la fin apprennent quelque chose, même s’ils en ont payé le prix : il s’agit effectivement d’amour (…) L’important est de ressentir l’amour, la douleur, la haine, la peur de la mort, de la même façon. »

Kieslowski (1941 – 1996)

 

[…] L’amour ne périt jamais,

car les prophéties prendront fin,

les langues se tairont,

la connaissance disparaîtra.

Maintenant donc demeurent ces trois-là:

la foi, l’espérance et l’amour.

Mais le plus grand de ces trois, c’est l’amour […]

 

MISTER LONELY // HARMONY KORINE

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2007

 

Mister Lonely, co-écrit avec son frère Avi Korine est le troisième film d’Harmony Korine. Ce film marque le retour au cinéma du réalisateur après des années d’exil et de dépression au Panama.

Le film raconte l’histoire d’un américain, sosie de Michael Jackson (Diego Luna), perdu dans les rues de Paris où il ne connait personne à part son agent Bernard (le fabuleux Leos Carax). Il rencontre Marilyn Monroe (Samantha Morton) et la suit dans un petit village d’Écosse ou elle vit avec son mari Charlie Chaplin (Denis Lavant) et d’autres imitateurs. Un endroit ou tout le monde est célèbre et personne ne vieillit, ou le Pape, la Reine d’Angleterre, James Dean, Sammy Davis Jr, Charlie Chaplin, Madonna et les autres vont organiser le plus grand spectacle du monde. En parallèle, on retrouve une seconde intrigue où l’on découvre un prêtre (l’excellent Werner Herzog) et un groupe de nonnes au Panama capables de voler, l’histoire d’un miracle porté par une foi sans limites. Puis vint le désenchantement…

 

Les deux intrigues se font écho, elles posent toutes deux la question de la réalité au sein du rêve et de la fragilité de la vie. Le film se pose comme une réflexion mélancolique sur la solitude, la foi et l’identité.

Korine nous montre l’expérience d’une utopie qui devra coïncider avec la réalité.

 

  • «C’était une idée très abstraite : donner du sens au désastre, déconstruire toute idée de beauté, salir la pureté et purifier la saleté.» Harmony KORINE

 

Harmony Korine n’est pas juste le scénariste de Larry Clark ou le réalisateur qui filme des bimbos en fluo pendant le Spring Break(ers), c’est aussi le réalisateur des très bons films : Gummo, Julian Donkey Boy (dogme 95) et Mister Lonely.

L’excellente bande son est signée : Sun City Girls et Jason «Spaceman» Pierce (Spiritualized)

 

 

«We here in the broken nation

are tired and bruised.

We have been left here alone with nothing.

We have been abandoned.

We are like vomit in the street

outside of a seedy bar.

We have been relegated

to the bottom of the barrel

and all our senses of understanding

and love seem gone forever.

In order to survive here,

we have to become like animals…

and we have to fore go

all sense of civility and understanding.

How is it possible that a nun can fly?

How is it possible that she falls

out of a plane and lands unscathed?

But who are we…

who are we to scoff at such things?

Who are we to doubt such miracles?

Alas, we are but tramps in the gutter,

here in the broken nation.

But a little faith

can take us a long, long way.»  _ The Priest 

 

 

DOWNTOWN 81′ (NEW-YORK BEAT MOVIE) // EDO BERTOGLIO

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1981

Écrit par Glenn O’Brien et réalisé par Edo Bertoglio, ce film aux allures de documentaire tourné à New-York entre 1980 et 1981 mais sorti seulement en 2001 dans très peu de salles montre l’ère post-punk new-yorkaise met en scène le peintre Jean-Michel Basquiat alors âgé de 19ans dans son propre rôle ainsi que d’autres personnalités de l’époque : Diego Cortez, James Chance, Amos Poe, Tav Falco…)

 

Après avoir été expulsé de son appartement, JMB erre dans les rues de NY dans l’espoir de pouvoir vendre sa toile qu’il transporte sous le bras. Il erre de clubs en clubs, de rencontres en rencontres et nous montre l’effervescence artistique new-yorkaise ainsi que son amour pour la ville à travers son regard d’artiste.

Une journée dans la vie du peintre, ses errances dans les rues new-yorkaises, ses galères d’argent, ses rencontres (notamment Debbie Harry – chanteuse de Blondie – qu’il transforme en princesse après un baiser), sa recherche de la belle Béatrice. Ce film montre avant tout l’émergence de la contre culture US avec la New-wave, le Hip-hop, les graffitis… Un document historique inédit sur le style de vie underground des années 80’ avec un JMB encore inconnu du grand public qui six ans plus tard (1988) mourra d’une overdose, rejoignant ainsi le fameux club des 27.

 

Sa promenade solitaire dans la ville est ponctuée d’interludes musicales avec des images live de concerts ou de studio d’enregistrement où on retrouve des groupes tels que : DNA, Kid Creole and the Coconuts, The Plastics… Basquiat et son groupe GRAY, Lydia Lunch, Vincent Gallo, The Specials, James White and the Blacks…

Le film est fragmenté, à l’image de cette déambulation dans le paysage urbain dans laquelle Basquiat nous entraine, la caméra est toujours proche et permet au spectateur de se laisser porter par le flot continu de pensées en voix off uniquement interrompu lors de ses diverses rencontres (ses amis arty, des dealers, des prostituées, des gens violents, des fous…) mais aussi lorsqu’il s’arrête pour laisser sa marque en graffant sur les immeubles en ruines qu’il signait SAMOSame Old Shit.

 

« I’m an artist »,

when you tell people that, they usually say : « What’s your medium? »

I usually say : « Extra Large. »

 

Home-made movie resté trop longtemps dans les placards, entre documentaire et fiction, avec un style épuré, brut et une caméra très libre voir maladroite à certains moments, Downtown 81 est un film difficile à classer mais il reste néanmoins incontournable pour les amateurs de culture underground.

 

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